mieux vaut en rire

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Dans son recueil de nouvelles, Échantillons, Éléonore Clovis trace un portrait plus ou moins tendre de la leçon de piano…

Si la sol la do. Dièse. Si la sol la do. Dièse, le sol. Les doigts. Arrondir les doigts. Si la sol la do? La petite fille lève un museau interrogatif et craintif du clavier. Ses petites mains gauches hésitent sur les notes noires et blanches. Noires? Blanches? Droite sur la banquette, la professeure pince les lèvres. Dièse. Si Mozart entendait… Si la sol la do. Au même âge, elle donnait déjà des récitals, jouait la sonate toute entière. Avec sentiment, s’accordaient les professeurs du conservatoire. Très important en musique, le sentiment. Dans la vie, travail et rigueur avant tout. Et toujours arrondir les doigts. La petite fille plisse le front et le nez. Odeur aigre de rancune fermentée. Si la sol la do. L’instrument geint. Pas désaccordé, un peu d’humidité. La banquette grince. La petite fille se tortille devant ces notes qui ne lui disent rien. Mozart est muet. Mais la porte sonne. Si la sol la do, à travailler pour la semaine prochaine. Avec rigueur et sentiment. Offrant enfin un sourire, la vieille pianiste referme les doigts sur son dû.

« Tu rigoles? Ah non non non! »