coup de coeur

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Ernesto Nazareth a écrit nombre de pages fort attrayantes pour le piano, qui dégagent un charme suranné mais restent actuelles dans le cadre d’un enseignement aux élèves de niveau intermédiaire à avancé. On peut maintenant retrouver toutes ses partitions, devenues récemment libres de droit, en ligne, ici…

Nous avons tous été témoins, à un moment ou un autre, de la puissance brute de la musique.  Ainsi, il y a quelques semaines, une de mes élèves adultes a vu certains acquis émotionnels profondément ébranlés par la sonate de Mozart qu’elle travaillait. Souvent, la musique touche au-delà de toute chose et rejoint même ceux qui vivent plus ou moins prisonniers de leurs corps, de leurs têtes.

Je viens tout juste de lire un billet particulièrement troublant, qui explique comment une apparition du pianiste André Watts à l’émission pour enfants Mr. Rodgers’ Neighbourhood il y a plusieurs années a changé profondément la vie d’une famille avec une enfant retardée. Je n’ai pu faire autrement que de vouloir le partager. À lire ici… (le texte est en anglais)

Parfois, sans qu’on s’y attende, un livre remarquable nous passe entre les mains. Rencontre exceptionnelle entre cinq grands artistes – le compositeur Pierre Boulez, le poète Yves Bonnefoy, la peintre québécoise Carol Bernier, la violoniste française Jeanne-Marie Conquer et la regrettée contralto Kathleen Ferrier -, Quêtes d’absolus comprend trois poèmes de Bonnefoy à sujet musical, Ut musica poesis (lus par le poète sur un des deux disques) mais aussi un texte sur les relations entre la poésie et la musique, les explications de Boulez au sujet de ses œuvres Anthèmes 1 et 2 (qu’on retrouve sur un même disque pour la première fois), tant écrites que sonores (rien de tel pour mieux décortiquer une œuvre contemporaine) et un essai complet sur les liens entre la musique et la poésie dans les oeuvres d’Yves Bonnefoy signé Jean-Jacques Nattiez.

Ce serait déjà beaucoup mais on y a aussi intégré des enregistrements d’œuvres évoquées par Bonnefoy dans son texte (dont un des lieder du Chant de la terre de Mahler chanté par Ferrier), des facsimilés des premières ébauches d’Anthèmes 1 et des reproductions de cinq tableaux de Carol Bernier, inspirés par Anthèmes 1 (ainsi que des extraits de son journal de création). Comment oser affirmer ensuite que l’art contemporain, sous toutes ses formes, est inaccessible (surtout à 30 $ pour un tel objet)?

Julie Wilson

Violons, violoncelles et flûtes s’accordent pour régler le battement de leur Cœur sur celui du piano à queue noir étincelant. Il trône au milieu de la scène et dans quelques secondes à peine, fera vibrer tout un public. Une petite fille vient assister pour la première fois à un concert de piano dans une salle illustre, la salle Garnier de l’Opéra de Monaco. Ses yeux émerveillés parcourent le plafond en attendant que l’artiste entre en scène. Elle examine avec attention les muses, une à une. Elles semblent protéger les musiciens depuis les étoiles.

Un premier applaudissement la ramène brusquement à la réalité. Devant elle se dresse une femme immense à l’allure peu commune. Avec les jeux d’éclairage, sa peau est blême comme la lune. Son visage exsangue disparaît sous une frange épaisse. Quelques mèches négligentes s’échappent de ces longs cheveux, aussi noirs que l’ébène, rassemblés en queue de cheval. Avec cette coiffure, elle semble venir d’un pays lointain balayé par des rafales. Elle est si haute que l’enfant du premier rang la suit du regard comme on cherche la cime d’un arbre. Elle a l’apparence d’un chêne fragile qui penche.

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