Dans son recueil de nouvelles, Échantillons, Éléonore Clovis trace un portrait plus ou moins tendre de la leçon de piano…

Si la sol la do. Dièse. Si la sol la do. Dièse, le sol. Les doigts. Arrondir les doigts. Si la sol la do? La petite fille lève un museau interrogatif et craintif du clavier. Ses petites mains gauches hésitent sur les notes noires et blanches. Noires? Blanches? Droite sur la banquette, la professeure pince les lèvres. Dièse. Si Mozart entendait… Si la sol la do. Au même âge, elle donnait déjà des récitals, jouait la sonate toute entière. Avec sentiment, s’accordaient les professeurs du conservatoire. Très important en musique, le sentiment. Dans la vie, travail et rigueur avant tout. Et toujours arrondir les doigts. La petite fille plisse le front et le nez. Odeur aigre de rancune fermentée. Si la sol la do. L’instrument geint. Pas désaccordé, un peu d’humidité. La banquette grince. La petite fille se tortille devant ces notes qui ne lui disent rien. Mozart est muet. Mais la porte sonne. Si la sol la do, à travailler pour la semaine prochaine. Avec rigueur et sentiment. Offrant enfin un sourire, la vieille pianiste referme les doigts sur son dû.

Monique Poirier donnera une nouvelle série de 12 heures d’ateliers d’improvisation au piano dans les semaines du 9 août (2 rencontres) et du 16 août (2 rencontres).

Que ce soit pour donner un nouveau souffle à votre créativité, sillonner de nouveaux sentiers au piano ou dénicher quelques outils pédagogiques, cette série d’ateliers pourra vous apporter de belles découvertes.

Les dates exactes seront déterminées avec les participants et participantes.

Coût de la série : 240$
(places limitées)

Pour plus d’information, on peut visiter le site Internet de Monique Poirier au www.monique-poirier.com pour y trouver informations détaillées et extraits sonores.

Le 15 mai prochain, 9 fabuleux musiciens classiques se présenteront sur la scène de la Cathédrale Christ Church, située au cœur du centre-ville
de Montréal, pour vous offrir 6 formidables concerts. Né de l’initiative de la pianiste Alejandra Cifuentes Diaz, ce marathon musical se veut une occasion pour mettre en valeur le grand talent de ces artistes locaux et internationaux.

Y participeront:
Michael Basquill, flûte baroque
Alejandra Cifuentes Diaz, piano
Simon Duchesne, guitare (Con Fuoco ensemble)
Hugo-Andres Larenas, guitare (Con Fuoco ensemble)
Denis Lawlor, baryton
Dominique Longpré, flûte baroque
Grégor Monlun, violon
Elias-Axel Pettersson, piano
Vera Aït-Tahar (invitée spéciale), violon

On peut consulter le programme de MUSIKÀLACARTE au www.alejandracifuentesdiaz.com.Pour réserver vos billets, veuillez contacter Amelia Cifuentes au
(514) 652-8725 ou en écrivant à amecifuentes@gmail.com.

Sonorité chaleureuse, phrasé poétique, intimité quasi palpable avec le public, Janina Fialkowska semble posséder nombre d’atouts qui lui permettent de transmettre les subtilités des pages de Chopin. Après tout, le compositeur l’habite depuis presque un demi-siècle déjà, alors qu’à l’âge de 12 ans, elle découvrait le Concerto en mi mineur sous les doigts de celui qui allait devenir son mentor. « Bien sûr, ce que Rubinstein faisait était fantastique, confie-t-elle dans un français fluide de sa résidence du Connecticut, mais ce soir-là, quand j’ai entendu Chopin, j’ai compris que pour cette raison, on devenait musicien, que cette musique permettait de toucher les gens. C’est avec Chopin que je suis devenue musicienne; avant, je ne faisais que jouer du piano. »

Au coup de foudre a succédé un amour assumé, non dénué d’une certaine tendresse : « Au fil des années, j’ai aussi reconnu la profondeur et la complexité de Chopin, ses innovations, compris qu’il avait écrit pour le piano peut-être mieux que n’importe qui. Je trouve tout dans Chopin : l’émotion, la stimulation intellectuelle, le côté aristocrate, le raffinement de la musique, l’esprit polonais, français. Il y a aussi cette base rythmique que j’adore, ces rythmes de jeunesse qu’il inscrit dans presque toutes ses œuvres. Par la suite, j’ai abordé l’aspect du chant. Tout est mélodique, tout est chanté chez Chopin, même les passages très rapides. De plus, comme chez Mozart, chaque note a une importance. »

Janina Fialkowska profite des célébrations entourant le bicentenaire de la naissance du compositeur polonais pour le jouer dans toutes les grandes villes du Canada, comme soliste ou en récital. « J’aime Chopin de plus en plus, avoue-t-elle avec un trouble presque adolescent. Si on met l’accent sur le compositeur, si on le comprend bien, si on a lu sur lui comme je l’ai fait, sur ce que les autres ont dit de son jeu, dépourvu de sentimentalité, direct, noble, élégant, sans rien de superflu, on le perçoit autrement. J’essaie de montrer la grandeur de Chopin, sa profondeur. On ne parle pas de musique de dessert, mais d’un plat principal. »

Cette comparaison ne s’avère pas fortuite puisque Janina Fialkowska, qui adore cuisiner en compagnie de son mari et agent Harry Oesterle, admet penser un programme de concert comme le menu d’un repas équilibré. Son récital montréalais, présenté sous les auspices de Pro Musica, n’y fera pas exception. Après une première partie sous le thème de la théâtralité, qui comprendra la Fantaisie en do mineur de Mozart et le Carnaval de Vienne de Schumann (dont on souligne également l’anniversaire), la pianiste propose un deuxième segment entièrement consacré à Chopin. Celui-ci s’amorcera par la Polonaise opus 26 no 1. « J’aime beaucoup commencer par une polonaise, dit la pianiste, parce que celle-ci ouvre toujours le bal polonais. J’ai choisi celle-ci parce qu’elle est moins jouée et que je la considère comme un véritable miracle. » Elle enchaînera avec deux valses : « Plusieurs pensent que les valses sont de la musique d’ameublement. Pourtant, il y a tant de choses qui se passent dans ces pages. » Elle proposera en entremets le Nocturne opus 62 no 1, en si majeur, une œuvre tardive, polyphonique, l’une de ses préférées, avant de plonger dans la noirceur et l’agitation d’un prélude, bientôt tempérées par la mélancolie d’un second. Le repas cinq services se conclura par le flamboyant Deuxième Scherzo, « l’un des meilleurs morceaux de concert écrits dans l’histoire de la musique, qui comprend l’essence même de Chopin et termine fantastiquement bien un récital ».

Quelques mignardises pourraient bien être servies aux gourmands après cette pièce montée pyrotechnique : « Quand je joue Chopin, mon espoir demeure que les gens quittent la salle et trouvent l’œuvre que j’ai interprétée extraordinaire. Après seulement, s’ils le veulent, ils peuvent dire : Janina a très bien joué ! »
La pianiste montréalaise travaille ces jours-ci assidument à une autobiographie, amorcée lors de son combat mené contre le cancer en 2002. Fréquentant le circuit international depuis une trentaine d’années, elle ne s’émeut pas des cris d’alarme lancés par une industrie en apparente déroute. « Il y a toujours eu un trou dans le public âgé de 20 à 45 ou 50 ans; cela peut s’expliquer très facilement, explique-t-elle placidement. À ce moment-là, les gens n’ont pas assez d’argent pour aller au concert, ils élèvent leur famille, assument des hypothèques, ils travaillent. C’est seulement après que les enfants sont partis qu’ils peuvent songer à aller de nouveau au concert. Quand j’ai commencé à jouer dans les années 1970, on parlait déjà d’un public vieillissant ! »

Consciente de la nécessité de rejoindre le public là où il se trouve et non seulement dans les grands centres, la musicienne sillonne le Canada grâce à l’organisation Piano Plus, qui a pris il y a quelques années la relève de Piano Six, fondée par la pianiste en 1993. Nullement blasée, elle continue de s’émerveiller des moments prodigieux qui ponctuent son parcours. « Cela peut exister dans les endroits les plus inattendus. Par exemple, l’année dernière, j’ai donné à l’île Manitoulin l’un des meilleurs récitals de ma carrière. Peut-être était-ce le recueillement du public, son silence parfait, mais pour moi, l’instant a été magique, magnifique. Si nous sommes, le public et moi, en communion et que je suis sur la même longueur d’onde que le compositeur, tout peut arriver. Avec une certaine fébrilité, elle retourne une dernière fois vers Chopin : « Quand on joue sa musique, on creuse dans le cerveau de cet homme-là, dans ses émotions et on y trouve toutes sortes de choses. Je pense que c’est mon travail de partager mes trouvailles avec le public. C’est une question de communication, de projeter la complexité des émotions. Si je peux transmettre ce qui fait de Chopin un si grand compositeur, alors j’ai réussi. »

Premier prix au Concours OSM Standard Life en 2007, demi-finaliste au Stulberg International String Competition en 2008 et au Johansen International String Competition en 2009, Stéphane Tétreault s’est classé dans les 20 premiers au 63e Concours de musique de Genève et a été sélectionné pour participer au prestigieux Concours de violoncelle Rostropovitch 2009 à Paris.

En avril 2009, le plus jeune élu parmi 3000 musiciens à travers le monde, il était choisi d’office par Michael Tilson Thomas pour participer au concert du YouTube Symphony Orchestra donné au Carnegie Hall de New York. Stéphane s’est produit sous la direction de chefs renommés tels Michael Tilson Thomas, Kent Nagano, Yuli Turovsky et Boris Brott, notamment au Carnegie Hall de New York, à la Place des Arts, à la salle Claude-Champagne ainsi qu’à la salle Pollack à Montréal.

Malgré son jeune âge, Stéphane connaît une carrière remarquable et il sera le soliste du concert-bénéfice de la Fondation Vincent-d’Indy, qui se tiendra le vendredi 30 avril à 20 h.

Des œuvres de Bach, Brahms, Beethoven et Debussy sont au programme.

Renseignements au http://www.emvi.qc.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=82&Itemid=101

Dans le but de produire des concerts de qualité et d’encourager les musiciens de la relève dans leurs initiatives,les Productions Musicales Kaléidoscope organisent un concert au bénéfice de l’organisme le 25 avril à 15 h au Pavillon de l’Entrepôt à Lachine. Confidences d’un Stradivarius met en vedette la jeune violoniste Caroline Chéhadé (Prix John Newmark 2005 et 2006; Prix d’Europe 2007), lauréate du Concours 2009 de la Banque d’instruments de Musique du Conseil des Arts du Canada.
Au programme : le Stradivarius Windsor-Weinstein (1717) se souvient… Avec Isabelle Miquelon à la narration et Kim Elisabeth Thibault au piano, Caroline Chéhadé interprète des œuvres-clé du répertoire violonistique de Bach à Prokofiev, en passant par Mozart, Ravel et Sarasate. Le concert sera suivi d’un vin d’honneur permettant au public de rencontrer les artistes. Les billets sont disponibles au coût de 30 $.

Si plusieurs commentateurs considèrent Le Clavier bien tempéré de Bach comme l’Ancien Testament et les 32 Sonates de Beethoven le Nouveau Testament du piano, on ne peut nier la place essentielle qu’occupe les 27 Études de Chopin (opus 10, opus 25 et ses Trois Nouvelles Études) dans la littérature pianistique. Comme ce sera le cas avec le scherzo, le nocturne ou même le prélude, Chopin transforme un genre aux repères bien ancrés en une somme colossale considérée, aujourd’hui encore, comme un passage obligé pour tout jeune pianiste qui cherche à maîtriser les écueils techniques et tout interprète sérieux qui souhaite travailler d’un même souffle langages pianistique et poétique.

Les Études de Chopin font irrévocablement basculer la technique du piano dans l’ère moderne. Les compositeurs du XVIIIe et même du début du XIXe siècle dédiaient essentiellement à l’instrument des traits de gammes ou d’arpèges, évitaient toute utilisation du pouce sur les touches noires, privilégiaient une écriture regroupée pour les cinq doigts et rejetaient presque systématiquement les sauts de plus d’une octave. Néanmoins, au fil des ans, les possibilités mécaniques de l’instrument s’étaient déployées (puissance accrue, arrivée du double échappement) et l’instrument était prêt à prendre sa place de « roi des instruments ».

Particulièrement perspicace face aux possibilités renouvelées de l’instrument, Chopin a choisi de se concentrer sur ses forces, saisissant qu’il faudrait adapter la technique au nouvel instrument et non le contraire. « Et quelle qu’ait été la rigueur réfléchie des “exercices” dont il s’était imposé l’obligation et qui ont donné naissance aux deux cahiers d’Études (les premières d’entre elles ayant au reste vu le jour sous cette domination résolument utilitaire), il faut admettre qu’une immortelle collection de chef-d’œuvres consacrés à l’ennoblissement poétique de la virtuosité instrumentale n’aurait pas été conçue, la main de Chopin n’eût-elle pas été celle dont la nature lui avait fait le royal présent », explique Alfred Cortot dans Aspects de Chopin. Cette main, dont le moulage émeut quand on le contemple, avait nombre de particularités étonnantes, dont une grande agilité qui avait porté un contemporain de Chopin à s’exclamer : « Mais il a des mains de serpent ! »

Résumer les Études à une série de prouesses techniques à maîtriser ou à une nouvelle technique pianistique à s’approprier serait mal saisir l’essence même du cycle. Pour Chopin, la musique demeure un langage, capable de tout exprimer : pensées, sentiments, sensations. Plutôt que de traiter le piano comme un instrument de percussion, il lui octroie le rôle de confident, transforme sa mécanique en chant. « Sous ses doigts, chaque phrase musicale sonnait comme du chant, et avec une clarté telle que chaque note prenait la signification d’une syllabe, chaque mesure celle d’un mot, chaque phrase celle d’une pensée », précise Carl Mikuli dans Chopin vu par ses élèves de Jean-Jacques Eigeldinger. « Caressez la touche, ne la heurtez jamais ! » disait d’ailleurs Chopin. « De quelle souplesse caressante, de quelle agilité miraculeuse, ces doigts nettement détachés à leur base et dotés d’une manifeste indépendance individuelle ne se sont-ils pas témoignés dans leurs instinctifs recours aux enchantements de cette virtuosité ravissante et profuse dont ils paraient les élans d’une inspiration aussi prompte à les accueillir que l’est la branche inclinée au souffle du vent, des capricieux enroulement du chèvrefeuille et des volubilis. “Doigts de velours” aimait à dire George Sand… », poursuit Cortot.

Si chaque Étude est ouvertement consacrée à la maîtrise de l’une ou l’autre des difficultés techniques qui peuvent handicaper la fluidité du jeu pianistique, Chopin réussit à y insuffler, avec une maestria extraordinaire, un sens musical qui transcende la difficulté pour élever l’exercice en une véritable œuvre d’art. Pour le compositeur, intellect et émotion ne font qu’un et tenter de les dissocier serait pure futilité. « Et le moyen mécanique ici, pour demeurer secondaire à l’intention créatrice qui l’ordonne et l’anime, ne se doit pas moins de prendre sa place, et d’importance, dans l’analyse des éléments constitutifs du génie de Chopin, qui n’a pas été seulement le plus musicien des pianistes, mais également – à mon gré du moins, et à ne s’en tenir qu’aux exemples dont son œuvre nous donne témoignage – le plus miraculeusement pianiste d’entre les musiciens », conclut Cortot.

La portée de ces études fut immédiate et le cycle s’avérera essentiel au développement du genre, comme en témoigneront les essais subséquents de Liszt, Schumann, Debussy, Rachmaninov, Debussy, ou, plus récemment, Ligeti. Nous présentons ici une analyse plus complète des Études opus 10. L’opus 25 et les Trois nouvelles études seront abordées dans le prochain numéro de La Muse.

Douze Études, opus 10

Dédiée à Liszt, cette première série d’études fut publiée en un seul volume en 1833, alors que Chopin était âgé de 23 ans (la composition de quatre de ces études remonterait néanmoins à 1829).

Dès l’Étude no 1, Chopin prend possession du clavier, les passages arpégés doublés d’une extension parfois extrême, les pivots et les regroupements de main rapides (main ouverte à main plus fermée) pouvant devenir redoutables de difficulté. (Horowitz lui-même affirmait que l’étude ne tombait pas bien sous sa main !) Basée sur une structure harmonique relativement simple, qui rappelle presque celle d’un choral de Bach – les audacieuses progressions harmoniques exceptées, véritables piliers de l’œuvre –, l’étude devient héroïque, portée par des vagues puissantes de sonorité.

Frederike Streicher, élève de Chopin, mentionne dans Chopin vu à travers ses élèves : « Chopin me recommanda de la travailler très lentement, le matin. “Cette étude vous fera du bien, dit-il. Si vous l’étudiez comme je l’entends, cela élargit la main, et cela vous donne des gammes d’accords, comme les coups d’archet. Mais souvent malheureusement, au lieu d’apprendre tout cela, elle fait désapprendre.” Je sais bien que l’opinion est aujourd’hui encore largement répandue, selon laquelle on ne pourrait bien jouer cette étude qu’étant doué d’un très grande main. Or, tel n’était pas le cas de Chopin : la condition requise pour une bonne exécution réside dans la seule souplesse de la main. »

Dans l’Étude no 2, peut-être la plus ardue du cycle, Chopin confie aux doigts faibles de la main droite des chromatismes sinueux, alors que le pouce et l’index ponctuent le discours d’accords, soutenus par la main gauche. À l’origine, Chopin voulait que l’on joue la partie chromatique uniquement avec les quatrième et cinquième doigts, mais la plupart des pianistes qui s’y frottent privilégient l’utilisation des trois doigts. L’étude exige une très grande agilité de la main droite pour éviter les chevauchements des doigts. Il faut aussi réaliser que l’exécution de l’œuvre était tout de même plus aisée à réaliser sur un piano de l’époque de Chopin, au toucher plus léger et à la mécanique moins lourde. Il reste donc bien sûr fortement contre-indiqué de travailler cette étude sur de très longues périodes. Elle aurait peut-être servi d’inspiration à Rimski-Korsakov pour son célèbre Vol du bourdon.

Sous-titrée « Tristesse » par un éditeur séduit par son lyrisme, associée à nombre de films d’époque mettant en scène le personnage d’un Chopin particulièrement neurasthénique, l’Étude no 3 touche avant tout par son côté mélodique. Pour obtenir le son chantant dont rêvait Chopin dans cette « étude en expression » (selon Hans von Bülow, qui recommandait de la travailler en même temps que l’Étude opus 10 no 6), il faut néanmoins une grande indépendance des doigts de la main droite afin de calibrer adéquatement chant et accompagnement. Le passage en doubles sixtes en mouvement contraire, quelques lignes avant le retour du thème, demande patience et précision pour être maté. Chopin aurait affirmé que « de sa vie il n’avait jamais pu retrouver un aussi beau chant ». Un jour que son élève Gutmann jouait l’étude, le compositeur, élevant ses mains jointes, se serait écrié : « Ô, ma patrie. »

Parfois surnommée « Le torrent », l’Étude no 4 en est une de vélocité pure. Les deux mains se répondent, se poursuivent sans jamais se rejoindre (sauf à la toute fin), en doubles-croches extrêmement rapides, un peu à la manière d’un prélude virtuose de Bach. Conçue pour être jouée attacca après l’étude précédente, elle balaie du revers de la main la nostalgie inhérente aux pages préalables et la transforme en furie.

L’Étude no 5, « sur les touches noires » (la main droite ne jouera qu’une seule touche blanche dans toute l’étude), se distingue par son atmosphère aérienne et scintillante. Soulignons au passage que l’utilisation de la gamme pentatonique a dû paraître relativement exotique aux oreilles des mélomanes à l’époque de sa création! Chopin lui portait (trop) peu de considération. Après une interprétation de l’œuvre par Clara Wieck à Paris, Chopin écrit à Julian Fontana le 25 avril 1839 : « Comment a-t-elle pu choisir, au lieu de quelque chose de plus important, cette étude qui la moins intéressante de toutes, sauf pour ceux qui ignorent qu’elle n’a été écrite que pour les touches noires? » Justement sévère pour l’une les études les plus irrésistibles aujourd’hui.

Presque un nocturne, profondément élégiaque, l’Étude no 6 superpose une longue mélodie à un contrepoint ensorcelant en voix médiane, « tel une respiration humaine ou une douce douleur lancinante… qui enveloppe constamment la mélodie comme une aura » (E. Robert Schmitz). Le temps y suspend son vol, plongeant interprète et auditeur dans un univers où les mots semblent superflus, où les émotions règnent en maître.

Véritable toccate, l’Étude no 7 s’attarde au problème technique de l’alternance des tierces et des sixtes dans la main droite, la note inférieure étant jouée en alternance par le pouce et l’index, pendant que la main gauche dessine un contre-chant spirituel et charmant, la musicalité de l’œuvre occultant entièrement les difficultés inhérentes. Comme le souligne James Huneker dans Chopin, The Man and his Music : « La beauté et le devoir ont-ils jamais été aussi unis par un double harnais? »

Deux idées en apparence dissemblables sont jointes également dans l’Étude no 8, l’une toute en fluidité étincelante (main droite), l’autre à la fois rythmique et lyrique (main gauche). Ruban qui flotte au vent avec légèreté, y disparaissant presque, l’étude s’achève dans la bravoure et l’effervescence.

Tumultueuse, haletante, particulièrement dramatique, l’Étude no 9 nous plonge dans un tout autre univers. Les coulés de la main droite semblent autant d’appels désespérés qui ne trouveront un apaisement que dans les toutes dernières mesures. Le phrasé doit être soigneusement travaillé pour que les silences deviennent simples respirations ponctuant le discours plutôt qu’idées musicales désincarnées. Une grande maîtrise de la pédale est également nécessaire pour que l’énoncé de chaque cellule reste clair et porteur de sens à chaque reprise.

Conçue elle aussi pour être couplée avec celle qui la précède (comme les deux dernières de ce premier cycle), l’Étude no 10 requiert une agilité et une souplesse exemplaires de la main, du poignet et de l’avant-bras si l’on ne veut pas que le chant (surtout à l’aigu) ne devienne crispé et que la page ne sombre sous ses exigences techniques. On y travaille tour à tour le chant au cinquième doigt, au pouce puis le chant au cinquième mais cette fois staccato. Chopin souhaitait qu’elle soit expression de douceur et de légèreté. Von Bülow quant à lui précise : « Celui qui peut jouer cette étude de manière parfaitement polie peut se féliciter d’avoir réussi à grimper le plus haut sommet du Parnasse des pianistes, puisqu’elle est peut-être la plus difficile de tout le groupe. Le répertoire entier de musique pour piano ne comprend aucune autre étude de perpetuum mobile si pleine de génie et de fantaisie que celle-ci, exception faite peut-être des Feux Follets de Liszt. »

Consacrée aux accords arpégés, l’Étude no 11 développe l’extension des deux mains, la souplesse du poignet et la projection par les cinquièmes doigts d’une mélodie ou d’un soutien fondamental. Ses harmonies éparpillées sur le clavier se fondant en un thème attractif posent des défis formidables au piano, alors que Chopin, une fois de plus, transcende une difficulté technique redoutable en page d’une grande musicalité.

L’Étude no 12, peut-être la plus connue de l’opus, la « Révolutionnaire », aurait été écrite à Stuttgart après que Chopin eût appris la reconquête de Varsovie par les troupes russes, « pénétré de douleur et criant son désespoir sur son piano » selon une célèbre page du carnet de notes du compositeur. Elle est le miroir de l’Étude no 8, la main gauche assumant cette fois les passages en doubles-croches et la main droite les motifs en accords, particulièrement rythmiques, « cri de révolte… animé d’une mystérieuse et terrible force » (Cortot). Elle termine cette première série d’études avec un déferlement de bravoure et de dynamisme.

Lucie Renaud

Bibliographie

Alfred CORTOT. Aspects de Chopin. Éditions Albin Michel, Paris, 1949. 324 pages.

Jean-Jacques EIGELDINGER. Chopin vu par ses élèves. Langages, Neuchatel, 1970. 158 pages.

James HUNEKER. Chopin : The Man and his Music. Dover, New York, 1966. 239 pages.

Victor LEDERER. Chopin: A Listener’s Guide to the Master of the Piano. Amadeus Press, Pompton Plains, 2006. 143 pages.

Francis Dubé, professeur adjoint de didactique instrumentale à l’Université Laval offrira un cours de perfectionnement en pédagogique via Internet. En effet, ce cours unique offre la possibilité à tous les pédagogues de perfectionner, de façon personnalisée, l’enseignement de leur instrument. Un heureux mélange de connaissances pédagogiques de base et d’applications concrètes grâce à des exercices pratiques variés vous guidera dans votre démarche de pédagogue. De plus, le volet personnalisé met à votre disposition des capsules consacrées à chaque instrument, vous rendant le tout directement adaptable et facilement transférable. Vous pouvez vous inscrire comme étudiant libre, nul besoin d’être étudiant à la faculté!

Pour plus de détails: www.centreexcellence.mus.ulaval.ca

Poursuivant une recherche de dépouillement, Arvo Pärt signe en 1976 Für Alina, pièce pour piano aujourd’hui célèbre, en rupture nette avec ses premières œuvres, qui pave la voie à l’élaboration de sa ligne directrice, qu’il qualifie lui-même de « tintinnabulement ». Il la décortique dans ce clip fascinant.http://www.youtube.com/watch?v=c08i_9gumJs

« La musique offre aux passions le moyen de jouir d’elles-mêmes », disait Nietzsche dans Le gai savoir. Parfois angoissante, souvent apaisante ou stimulante, elle influence les comportements humains. Impossible donc de limiter cet art aux seules sensations auditives ! Alors, des chercheurs du CNRS déjouent les cheminements perceptifs et cognitifs à l’œuvre. Ils analysent les signes révélateurs des émotions produites et les processus cérébraux activés par ce langage non verbal, décryptent ce qui apparaît être une véritable stratégie commune de perception…

Pour lire la suite de cet article publié sur le site du CNRS, c’est au http://www2.cnrs.fr/presse/journal/3451.htm

« Anciennes entrées